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Votre ego de leader est-il surdimensionné ?

L’ego surdimensionné qui accompagne le succès peut donner l’impression d’avoir trouvé la recette ultime du bon leader. Spoiler : c’est faux ! Et on vous le prouve tout de suite avec une jolie histoire 🙂

Pour sa première journée en tant que PDG du groupe Carlsberg, Cees’t Hart (pas de faute de frappe, juste un nom hollandais) a reçu une carte-clé, comme celles des hôtels. La carte verrouillait tous les étages dans l’ascenseur, de façon à ce qu’il arrive directement dans son bureau au 20ème étage. Et avec ses immenses baies vitrées, son bureau offrait une vue imprenable sur Copenhague. Et ce n’étaient que quelques-uns des avantages liés à son nouveau poste, qui marquaient son pouvoir et son importance au sein de l’entreprise.

illustration boss leader

Cees passa les deux mois suivants à s’habituer à ses nouvelles responsabilités. Mais dans ce laps de temps, il a remarqué qu’il voyait très peu de gens pendant la journée. Comme l’ascenseur ne s’arrêtait pas aux autres étages et que seul un groupe restreint de cadres travaillait au 20ème étage, il interagissait rarement avec les autres employés de Carlsberg. Cees a donc décidé de passer de son magnifique bureau du 20ème étage à un bureau vide d’un open space situé à un étage inférieur. Interrogé sur cette décision, il a expliqué :

« Si je ne rencontre pas les gens, je ne saurai pas ce qu’ils pensent. Et si je ne sens pas le pouls de l’organisation, je ne peux pas diriger efficacement. »

Cette histoire illustre bien la façon dont un leader s’est débrouillé pour éviter l’isolement qui va souvent de pair avec les postes de direction… et qui constitue un vrai problème. Pour faire court : plus les leaders montent dans la hiérarchie, plus ils risquent de voir leur ego gonfler comme un ballon de baudruche. Et plus leur ego grandit, plus ils risquent de se retrouver dans une tour d’ivoire, de perdre le contact avec leurs collègues, la culture d’entreprise et, au bout de la chaîne, leurs clients ! Analyse du phénomène étape par étape.

l’ego titillé réagit différemment

Plus on monte dans la hiérarchie, plus on acquiert du pouvoir et ce qui va avec : les gens essaient de nous plaire, écoutent plus attentivement ce qu’on raconte, sont très souvent d’accord avec nous, et rient même plus à nos blagues. Et ça, ça titille l’ego.

ego leader flatterie

Or quand l’ego est titillé, il grandit parfois démesurément. David Owen, ancien ministre britannique des Affaires étrangères et neurologue, et Jonathan Davidson, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université Duke, appellent cela le « syndrome d’hubris » ou « maladie du pouvoir » qu’ils définissent comme un « trouble de la possession du pouvoir, en particulier du pouvoir qui a été associé à un succès écrasant, pendant plusieurs années. »

Selon les mots de Jennifer Woo, PDG de The Lane Crawford Joyce Group, « gérer la soif de fortune, de gloire et d’influence liée à notre ego est la principale responsabilité de tout dirigeant. ». Car quand le dirigeant est pris dans cette spirale, il perd le contrôle : il est plus sensible à la manipulation, a un champ de vision rétréci, et adopte un comportement qui va parfois à l’encontre de ses valeurs.

votre ego de leader vous rend vulnérable

Notre ego est comme une cible que nous portons avec nous. Et comme toute cible, plus elle est grosse, plus elle est vulnérable. De cette façon, un ego gonflé permet aux autres de profiter plus facilement de nous, parce qu’il nous rend prévisible. C’est logique : lorsque nous sommes victimes de notre propre besoin d’être perçus comme importants, nous finissons par prendre des décisions qui peuvent être préjudiciables à nous-mêmes, à nos employés et à notre organisation.

Un ego qui enfle peut aussi modifier notre comportement. Lorsque nous pensons être les seuls architectes de notre succès, nous avons tendance à être plus grossiers, plus égoïstes. C’est particulièrement vrai face aux revers et aux critiques. En conséquence, un ego gonflé nous empêche d’apprendre de nos erreurs et crée un mur défensif qui rend difficile l’appréciation des leçons que nous devrions tirer des échecs.

un ego qui enfle rétrécit votre vision

Enfin, un ego gonflé rétrécit notre vision. L’ego cherche toujours des informations qui confirment ce qu’il veut croire. Fondamentalement, un gros ego génère un gros biais de confirmation. Nous perdons alors notre ouverture d’esprit et nous nous retrouvons dans une « bulle de leadership » où nous ne voyons et n’entendons que ce que nous voulons. Le risque : perdre le contact avec les personnes que nous dirigeons, la culture dont nous faisons partie et, en fin de compte, nos clients et parties prenantes.

leader perd le contact

comment se libérer d’un ego surdimensionné ?

Se libérer d’un ego trop protecteur ou gonflé est un travail important et stimulant. Cela demande de l’altruisme, de la réflexion et du courage. Voici quelques conseils qui vous aideront :

  • Considérez les avantages et les privilèges qui vous sont offerts dans votre rôle. Certains d’entre eux vous permettent de faire votre travail efficacement, et c’est génial. Mais certains d’entre eux sont simplement des avantages pour promouvoir votre statut et votre pouvoir et, en fin de compte… votre ego ! Réfléchissez : quels privilèges pouvez-vous abandonner ? Votre place de parking réservée ou, comme dans le cas de Cees ‘t Hart, votre laissez-passer spécial pour l’ascenseur ?
  • Soutenez, développez et travaillez avec des personnes qui ne nourriront pas votre ego. Embauchez des personnes intelligentes qui ont la confiance nécessaire pour s’exprimer.
  • L’humilité et la gratitude sont les pierres angulaires de l’altruisme. Prenez l’habitude de prendre un moment à la fin de chaque journée pour réfléchir à toutes les personnes qui ont contribué à votre succès ce jour-là. Cela vous aide à développer un sens naturel de l’humilité, en voyant que vous n’êtes pas la seule cause de votre succès. Et terminez la réflexion en envoyant activement un message de gratitude à ces personnes.

L’ego surdimensionné qui accompagne le succès peut nous donner l’impression d’avoir trouvé la recette ultime du bon leader. Mais c’est faux ! Le leadership concerne l’humain, et les gens changent chaque jour. Si nous croyons avoir trouvé la clé universelle pour les diriger, nous l’avons, en fait, perdue. Si nous laissons notre ego déterminer ce que nous voyons, ce que nous entendons et ce que nous croyons, nous laissons nos succès passés nuire à nos succès futurs.

Et vous ? Vous remettez-vous en question en tant que leader ou manager ? Si le sujet vous parle, contactez-nous pour voir comment nous pourrions vous aider à améliorer votre performance managériale !

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La version originale de cet article est disponible sur le blog du Harvard Business Review

2240 1260 Lucie Grimal
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